Marché financier Divers - 04/2026

Trump jette de l’huile sur le feu

Par Jules Stevens & Marc Stevens

Depuis notre dernière publication dans Le Point financier, l’équilibre macroéconomique s’est dégradé. L’économie mondiale évoluait dans une phase de croissance modérée, accompagnée d’un ralentissement de l’inflation, tout en restant exposée à des risques géopolitiques et structurels significatifs. Tant les États-Unis que l’Europe montraient des signes de normalisation économique après le choc inflationniste de 2022–2023, tandis que les banques centrales demeuraient prudentes dans leur lutte contre l’inflation.

Or, en ce début d’année 2026, cet équilibre est mis sous pression par les tensions géopolitiques et la hausse des prix de l’énergie, ravivant les risques inflationnistes et alimentant les incertitudes conjoncturelles.

Croissance économique
L’économie mondiale a poursuivi sa croissance, mais à un rythme modéré. Le consensus estime que la croissance mondiale s’est établie à 3,3% en 2025 et qu’elle devrait atteindre environ 3,1% en 2026. Aux États-Unis, les perspectives pour 2026 sont légèrement plus favorables, soutenues par la solidité de la consommation et une amélioration du marché du travail.

En 2025, le taux de chômage aux États-Unis a certes augmenté, passant de 4,0% en janvier à 4,4% en décembre, soit une hausse de 40 points de base, ce qui reste conforme à une évolution cyclique normale. À titre de comparaison, lors de la crise financière de 2008–2009, le chômage avait progressé de 5%, et durant la pandémie de COVID-19, de près de 10%, même si, dans ce dernier cas, l’économie s’était redressée de manière étonnamment rapide. Le principal moteur structurel de l’accélération de la croissance du PIB dans la zone euro en 2025 a été le rebond de la consommation par rapport à 2024. En revanche, la faiblesse de l’industrie et du commerce n’a pas permis d’y contribuer, bien au contraire.

Les économies émergentes continuent d’afficher une croissance plus rapide. Cela s’explique notamment par une démographie plus jeune, une capacité à adopter des technologies à moindre coût, ainsi qu’un niveau de revenu par habitant généralement plus faible, ce qui leur permet plus facilement d’enregistrer une croissance plus rapide en pourcentage, … . Toutefois, l’écart avec l’UE et les États-Unis s’est réduit, passant de 5% à 6% autrefois à 2% à 3% aujourd’hui.

Inflation : tendance baissière mais nouveaux risques
Avant de pouvoir envisager un retour de la croissance, il est important pour les marchés que l’inflation pénalisante soit revenue à un niveau acceptable de 2% (voir graphique 1).

Nous avons réussi à maîtriser le pic inflationniste de 2022-2023 sans basculer en récession — une situation inédite dans l’histoire économique ! Tous les précédents épisodes d’inflation marquée ont conduit, avec ou sans décalage, à des interventions drastiques des banques centrales, se traduisant par des hausses de taux d’intérêt et, souvent, par une récession.

Dans la zone euro, l’inflation se situe désormais sous cette « limite magique » de 2%, tandis qu’aux États-Unis, elle reste autour de 2,4%. Ici, il s’agit de l’inflation incluant les prix de l’alimentation et de l’énergie, la récente hausse des prix du pétrole n’étant pas encore intégrée. Il faudra attendre avril pour connaître le niveau de l’inflation de mars. L’inflation prend souvent naissance au début de la chaîne commerciale. C’est justement à ce niveau que se situent les prix du pétrole et de l’énergie. Depuis l’escalade du conflit entre l’Iran, les États-Unis et Israël fin février, un sérieux obstacle s’est installé dans le flux pétrolier. Environ 20% du commerce mondial du pétrole transite par le détroit d’Ormuz. La figure 1 illustre la forte diminution du passage des pétroliers.

La conclusion est claire : plus le détroit restera fermé, plus les prix du pétrole resteront élevés, voire continueront d’augmenter, et plus le risque d’une reprise de l’inflation se fera sentir, avec des répercussions sur d’autres niveaux de l’économie. Cela pourrait entraîner un nouveau cycle de hausses de taux et un ralentissement de la conjoncture, voire, potentiellement, une récession. En Europe, ce scénario est d’autant plus sensible que la dépendance aux importations de pétrole brut est élevée, à hauteur d’environ 90%. L’inflation est donc à nouveau orientée à la hausse, l’incertitude sur l’évolution économique mondiale augmente, et la volatilité sur les marchés financiers s’en ressent également.

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