Par Anne-Cécile Rozet
Thierry Geerts a consacré plus de douze ans de sa carrière à Google, où il a notamment dirigé les activités de Google Belgique et Luxembourg. En mai 2024, il rejoint Beci, la Chambre de Commerce de Bruxelles, dont il est aujourd’hui le CEO. À ce titre, il représente quelque 35.000 entreprises et se trouve au cœur des enjeux liés à la compétitivité, à l’attractivité et au développement économique de la Région bruxelloise.
Nous avions rencontré Thierry Geerts une première fois le 12 février 2020, dans les bureaux de SDM. Il était alors CEO de Google Belgique/Luxembourg et était venu présenter son ouvrage « Digitalis, comment réinventer le monde ». Quelques semaines plus tard, la pandémie allait profondément bouleverser nos économies et accélérer, comme jamais auparavant, la transformation numérique des entreprises.
Six ans après cette première rencontre, le contexte a profondément changé. L’intelligence artificielle s’est imposée comme une nouvelle étape majeure de la transformation technologique, tandis que les entreprises sont confrontées à de nouveaux défis en matière de compétitivité, d’investissement et d’attractivité. De Google à Beci, Thierry Geerts a également changé de perspective :
acteur de la révolution numérique, il est aujourd’hui l’un des porte-parole du monde entrepreneurial bruxellois.
Aujourd’hui CEO de Beci, la Chambre de Commerce et d’Industrie de Bruxelles, il nous livre son regard sur l’avenir économique de la capitale, les conditions nécessaires pour renouer avec la croissance et les leviers qui pourraient permettre à Bruxelles de mieux valoriser ses nombreux atouts.
Lorsque vous avez écrit Digitalis en 2018, vous décriviez la digitalisation comme la quatrième révolution industrielle. Vous avez depuis publié Homo Digitalis en 2021. Imaginiez-vous alors que, quelques années plus tard, l’intelligence artificielle allait à ce point bouleverser le paysage technologique et économique ?
Thierry Geerts : « L’IA et la digitalisation sont deux évolutions qui se prolongent. Si je devais parler aujourd’hui d’une quatrième révolution industrielle, je la situerais davantage du côté de l’intelligence artificielle. Mais il faut aussi nuancer l’ampleur du bouleversement selon les secteurs. L’adoption de l’IA est encore relativement lente dans beaucoup d’entreprises. Il faut surtout apprendre à distinguer les tendances de fond des effets de mode. Et c’est probablement l’une des choses les plus difficiles aujourd’hui : ne pas confondre la vitesse du discours avec la vitesse réelle de transformation de l’économie. »
Si vous deviez réécrire vos deux ouvrages aujourd’hui, qu’est-ce que vous changeriez ? Y a-t-il une conviction que vous défendiez alors et à laquelle vous ne croyez plus aujourd’hui ?
Thierry Geerts : « Je ne changerais pas vraiment le contenu, car la tendance que je décrivais en 2018 s’est poursuivie. En revanche, il faut aujourd’hui intégrer une autre dimension : la révolution géopolitique. La technologie ne transforme pas seulement nos entreprises et nos modes de travail, elle redistribue aussi les cartes entre les territoires. C’est un élément qu’il faut davantage prendre en compte lorsqu’on réfléchit à l’avenir économique et technologique. »
Après plus de douze ans à la tête de Google, pourquoi avoir choisi Beci ? Qu’est-ce que vous cherchiez que vous ne trouviez plus dans une multinationale comme Google ?
Thierry Geerts : « Je ne suis pas parti de Google pour rejoindre Beci. Dans une entreprise comme Google, un trimestre peut parfois représenter une année. Douze ans, c’est presque une vie professionnelle. Je ne voulais surtout pas devenir cette personne qui sait qu’elle doit partir, mais qui ne part jamais.
J’avais envie de consacrer la suite de ma carrière à quelque chose de plus sociétal. Et comme je suis profondément attaché à Bruxelles, Beci s’est assez naturellement imposé. Défendre Bruxelles, qui est à la fois notre capitale et une capitale démocratique de l’Europe, me paraît d’autant plus important dans le contexte géopolitique actuel. Il y a là un enjeu qui dépasse largement la seule économie. »
Quelle est la plus grande leçon de management que vous avez apprise chez Google et que vous appliquez aujourd’hui à la tête de Beci ?
Thierry Geerts : « Le purpose. C’est probablement ce que je retiens le plus de mon expérience chez Google. On a tendance à se focaliser très vite sur les résultats, alors qu’il faut d’abord savoir pourquoi on fait les choses. Lorsqu’une équipe comprend le sens de son travail, elle est aussi plus à même d’obtenir des résultats. Chez Beci, notre purpose tient en trois mots : Voice, Connect & Serve. Nous sommes là pour faire entendre la voix des entreprises bruxelloises, les connecter entre elles et avec leur environnement, et les servir. Cela donne du sens à ce que nous faisons au quotidien. »
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Thierry Geerts a notamment dirigé Google Belgique et Luxembourg. Il est CEO de Beci depuis mai 2024, il représente quelque 35 000 entreprises. Auteur de « Digitalis » (2018) et « Homo Digitalis » (2021).